Certaines nations abordent un rendez-vous mondial avec l'espoir de gagner. Le Japon arrive à la Karate World Cup 2026 avec un bagage plus lourd : trois titres, et l'attente silencieuse de les voir tous rentrer au pays. La deuxième édition des Championnats du monde des équipes nationales s'ouvre à Hangzhou, en Chine, le 20 novembre et se termine le 22 novembre. Le tirage au sort, organisé à Madrid, a désormais indiqué aux tenants du titre où commence exactement leur route.
Pour ses trois défenses de titre, cette route part du même endroit : la poule D.
Le poids de Pampelune
Pour mesurer l'enjeu, il faut revenir à Pampelune, en novembre 2024, lors de la toute première Karate World Cup. Le Japon a terminé en tête du tableau des médailles avec trois médailles d'or et une de bronze. Il a remporté le kata masculin par équipes, le kata féminin par équipes et le kumite féminin par équipes, et pris le bronze en kumite masculin par équipes, la seule catégorie revenue à l'Égypte.
Les finales de kata ont été des exercices de maîtrise. En kata masculin par équipes, le Japon a battu la Türkiye 46,70 à 45,30. En kata féminin par équipes, il a dominé le Portugal 46,60 à 43,20. La WKF a présenté ces deux victoires comme une cinquième couronne mondiale consécutive dans chaque catégorie, une série qui transforme chaque nouvelle apparition en test de continuité autant que de forme. En kumite féminin par équipes, le Japon a battu les États-Unis en finale, un titre qui montrait que l'histoire ne se limitait pas au kata.
À Pampelune, l'or du kata masculin est revenu à Koji Arimoto, Kazumasa Moto et Ryuji Moto, et celui du kata féminin à Sae Taira, Chiho Mizukami et Saori Ishibashi, selon les résultats officiels. Les sources que nous avons consultées ne confirment pas si les mêmes athlètes monteront sur le tatami à Hangzhou.
Kata masculin par équipes : la plus ancienne habitude
Le trio japonais de kata masculin commence dans la poule D aux côtés de l'Algérie, du Venezuela, du Portugal et de la Pologne. Sur le papier, c'est une poule d'écoles et d'ambitions contrastées, et le Portugal rappelle à quel point le kata par équipes européen a progressé : son équipe féminine était l'adversaire du Japon en finale féminine en 2024.
À ce niveau, le kata par équipes est une discipline étrange à regarder. Trois athlètes, un seul rythme, aucune marge pour une respiration prise une fraction de seconde trop tôt. La force du Japon a longtemps été de présenter des équipes qui semblent partager un même pouls. Chaque adversaire de la poule, à Hangzhou, cherchera l'instant où ce pouls vacille.
Kata féminin par équipes : la poule qui attire l'œil
Si un groupe de tout le tirage mérite un second regard, c'est la poule D du kata féminin par équipes. Le Japon y affrontera l'Égypte, la France, l'Allemagne et la Colombie. La WKF elle-même a cité la rencontre entre le Japon, l'Égypte et la France parmi les affiches marquantes du tirage.
Pour les lecteurs qui ont suivi notre présentation de l'Égypte, la symétrie est frappante. L'Égypte, championne en kumite masculin par équipes, engage une équipe féminine de kata dans la même poule que les tenantes du titre. La France, nation aux racines profondes dans le kata européen, y ajoute une troisième identité forte. L'Allemagne et la Colombie complètent un groupe où aucune prestation d'ouverture ne peut être prise à la légère.
Pour le Japon, le défi est à la fois familier et impitoyable : défendre un titre face à des rivales qui ont étudié chaque image de sa dernière finale.
Kumite féminin par équipes : prouver que Pampelune n'était pas un accident
La troisième défense est peut-être la plus ouverte. En kumite féminin par équipes, le Japon commence dans la poule D face au Mexique, à l'Allemagne, à l'Algérie et à l'Azerbaïdjan. Le kumite par équipes obéit à une autre grammaire que le kata : des combats individuels répartis entre catégories de poids, un élan qui passe d'une athlète à l'autre, un résultat souvent décidé par celle qui gère le mieux la pression dans les derniers échanges.
L'or japonais de 2024 dans cette catégorie, obtenu face aux États-Unis en finale, était sans doute son résultat le plus significatif à Pampelune, car il élargissait l'image de la force collective japonaise au-delà du kata auquel elle est si étroitement associée. Le répéter confirmerait que cette profondeur traverse les disciplines.
Ailleurs dans le tirage du kumite féminin, l'Espagne et la France mènent la poule A, tandis que l'Italie, l'Égypte et l'Iran se retrouvent dans la poule C, preuve que le chemin vers la finale sera encombré, quoi qu'il arrive dans la poule D.
Un tournoi pensé pour les nations
La Karate World Cup est un tout autre exercice que les Championnats du monde individuels. Ici, l'unité de base est l'équipe nationale, et la WKF annonce que Hangzhou réunira 80 équipes représentant 42 pays des cinq continents, dans quatre catégories : kata masculin et féminin par équipes, kumite masculin et féminin par équipes.
La cérémonie du tirage à Madrid était dirigée par le président de la commission d'organisation de la WKF, Marton Falusi, présentée par Karla Encarnacion et coordonnée par le commentateur Billy Brennan. Quatre grands athlètes y ont participé comme invités : Antonio Diaz pour le kata masculin par équipes, Elena Quirici pour le kumite féminin par équipes, Mo Sheung Grace Lau pour le kata féminin par équipes et Christos-Stefanos Xenos pour le kumite masculin par équipes.
En kumite masculin par équipes, la catégorie que le Japon ne défend pas, l'équipe japonaise figure dans la poule A avec la Türkiye et le Sénégal, tandis que l'Égypte, championne en titre, affronte la France, la Malaisie, le Mexique et l'Ouzbékistan dans sa propre poule D.
À suivre
Trois titres, trois tirages en poule D, trois jours à Hangzhou. La campagne japonaise se lira à travers une seule question : une nation qui a fait de la première Karate World Cup son domaine peut-elle recommencer, quand tout le monde sait exactement ce qui l'attend ?
Les séries en kata donnent son poids à l'histoire. Le titre en kumite féminin lui donne son incertitude. Et quelque part dans la poule D du kata féminin par équipes, où le Japon, l'Égypte et la France partagent le même tatami, l'édition 2026 a peut-être déjà trouvé son premier après-midi décisif.
Sources : WKF, tirage de la Karate World Cup 2026 (20 octobre 2026) ; WKF, bilan de la Karate World Cup 2024 à Pampelune ; résultats officiels de la Karate World Cup 2024. Image principale : wkf.net.