SportAccord Forum 2026 : la diplomatie discrète du karaté à Lausanne, pendant que se redessine le programme olympique

Chaque automne, le mouvement sportif international transporte ses conversations au bord du Léman, et cette année le rendez-vous a changé de nom sans changer de raison d'être. Du 5 au 7 octobre 2026, la réunion longtemps appelée IF Forum s'est tenue au Musée olympique de Lausanne sous le nom de SportAccord Forum : un événement sur invitation, fermé à la presse, organisé avec le soutien du Comité international olympique, pour lequel les organisateurs annonçaient plus de 500 délégués venus de plus de 120 fédérations internationales. Parmi eux figurait, une fois encore, une délégation de la Fédération mondiale de karaté : Sara Wolff, sa directrice générale (CEO), Davide Benetello, président de la Commission des athlètes de la WKF, et Davor Cipek, secrétaire général adjoint de la fédération.

Une délégation dans les couloirs

Ce que les trois dirigeants ont fait à Lausanne est connu, pour l'instant, surtout par le récit de Cipek lui-même. Dans une publication Facebook intitulée « IOC, ARISF, World Games & SportAccord meeting, IF FORUM », il présente la semaine comme l'occasion « d'échanger avec les grandes institutions sportives internationales, de renforcer des relations établies et de nouer de nouvelles connexions stratégiques », écrit que la délégation est « très satisfaite des résultats obtenus » et remercie le président de la WKF, Antonio Espinós, « pour sa confiance ». Le détail de ces rencontres n'a pas encore été rendu public ; les années précédentes, la fédération a publié ses propres comptes rendus de ses missions lausannoises dans les jours suivant le forum. Son calendrier se tourne désormais vers les Mondiaux cadets, juniors et U21 de Bielsko-Biała.

Ces salles sont un terrain connu. En octobre 2024, Cipek a assisté seul à l'IF Forum et, selon la WKF, y a rencontré le président de SportAccord, Uğur Erdener, le président de l'ARISF, Raffaele Chiulli, et le vice-président du CIO Juan Antonio Samaranch. Un an plus tard, les trois dirigeants qui ont fait le voyage ce mois-ci ont représenté le karaté à l'Assemblée générale de l'ARISF, ont rencontré à l'IF Forum la présidente du CIO, Kirsty Coventry, et son directeur des sports, Pierre Ducrey, puis se sont entretenus avec le directeur sportif en chef de Brisbane 2032, Kit McConnell, et son directeur des sports, Brendan Keane, une rencontre que la fédération a présentée comme la suite de son dialogue sur les perspectives olympiques du karaté.

Les assemblées autour du forum

L'intitulé de Cipek nomme davantage que le forum lui-même, et le calendrier de la semaine le confirme. Le 4 octobre, à la veille de l'ouverture, l'Association internationale des World Games (IWGA) a tenu une assemblée générale extraordinaire au Musée olympique : près de 70 représentants de fédérations, dont 34 avec droit de vote, y ont adopté des amendements statutaires créant trois postes de vice-président et élu Thomas Konietzko, de Paddle Worldwide, au siège supplémentaire. Pour le karaté, les World Games n'ont rien d'abstrait : le programme confirmé de Karlsruhe 2029, du 19 au 29 juillet, comprend le kata, le kumite et le para-karaté. La Fédération internationale de sambo indique de son côté avoir pris part à Lausanne aux assemblées générales de l'IWGA et de l'ARISF, l'association des fédérations reconnues par le CIO dont la WKF est membre.

Un programme en révision

Sur la scène du forum, le thème était « When the playbook changes: leading sport in a new reality », autrement dit diriger le sport quand les règles du jeu changent. Lors de la séance d'ouverture, le 5 octobre, Kirsty Coventry a prévenu les fédérations : « Si nous restons immobiles, nous perdons tout simplement notre pertinence. » Elle a aussi insisté : « Nous devons être très clairs sur ce que nous défendons. » Elle a rattaché cet équilibre à Fit for the Future, la stratégie adoptée par la Session du CIO en juin, et parlé du programme olympique en des termes qui concernent tous les sports qui attendent à sa porte : « Nous avons besoin d'un programme qui réunisse les meilleurs athlètes du monde », un programme, a-t-elle ajouté, « durable pour l'avenir ». Selon SportsIN, elle a aussi évoqué la nouvelle méthode d'évaluation, davantage centrée sur les disciplines et sur les données.

La dernière matinée a suivi le même fil. Christophe Dubi et Pierre Ducrey, pour le CIO, ont parlé de Fit for the Future, avant que Niccolò Campriani pour LA28, Mathilde Meurisse pour les Jeux des Alpes françaises 2030 et Brendan Keane pour Brisbane 2032 ne présentent les trois éditions à venir. En marge, après une Convention déjà fixée à Bakou en mai 2027, SportAccord a annoncé le 7 octobre que Le Cap accueillerait son édition 2028, la première sur le sol africain.

Le calendrier est devenu une question à part entière. Réuni à Lausanne le 6 octobre en marge du forum, le Conseil de l'Association des fédérations internationales des sports olympiques d'été (ASOIF) a demandé un processus laissant aux fédérations « potentiellement concernées par l'évaluation » le temps de dialoguer avec le CIO, et s'est dit favorable à des décisions prises lors de la 147e Session du CIO, à Punta Cana en avril 2027, plutôt qu'au terme d'« un processus accéléré s'achevant en décembre 2026 ».

Pourquoi les couloirs comptent

Ce débat traverse directement le dossier du karaté. En août, le CIO a informé les fédérations reconnues que les disciplines entrées aux programmes de Tokyo 2020, Paris 2024 ou LA28 sur proposition d'un comité d'organisation pourraient être examinées pour Brisbane 2032, une porte qui correspond au chemin par lequel le karaté était arrivé à Tokyo ; l'éligibilité n'est pas pour autant une sélection, et aucune décision nommant le karaté n'a été publiée. La WKF garde le sujet en tête de son ordre du jour : en août, son Comité exécutif a de nouveau traité les perspectives olympiques comme une priorité, Sara Wolff faisant le point en tant que responsable de la candidature olympique, avant un Congrès de la WKF prévu ce mois-ci à Bielsko-Biała.

Un sport reconnu mais absent du programme olympique n'a pas de siège là où ce programme se décide, seulement les couloirs qui l'entourent, et Lausanne en octobre est l'endroit où ces couloirs sont les plus fréquentés. C'est à l'aune des décisions du CIO sur Brisbane 2032 que se mesurera, le moment venu, le fruit de ces « nouvelles connexions stratégiques », et le récit que la fédération fera elle-même de cette semaine reste à venir.

Sources

Photo : Renhour48 / Wikimedia Commons (CC0)

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